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Comme l’Espagne et l’Italie, la France, aussi, est menacée

Selon Philippe Dessertine, la dégradation des États-Unis sonne le début de la rigueur pour tous;

Sud Ouest ». La note américaine a été dégradée. Est-ce que cela va être ensuite le tour de la France ?

Philippe Dessertine. Bien sûr ! Elle est extrêmement en danger. On ne voit pas comment on peut dégrader la note des États-Unis sans dégrader celle de la France. Mais plus immédiatement, cela va déstabiliser un peu plus le marché mondial du prêt aux États les plus « dangereux », que sont d’abord des Européens comme l’Espagne et l’Italie et, ensuite, la France.

Tous pendus au téléphone
Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, David Cameron, se sont entretenus hier au téléphone pendant une trentaine de minutes de « la situation financière ». Aucune indication sur la teneur de l’entretien n’a été donnée.Christine Lagarde, directrice générale du FMI, s’est quant à elle entretenue par téléphone avec le ministre britannique des Finances George Osborne sur « la situation économique internationale, de son suivi ». Ils ont également abordé le sujet « de l’instabilité internationale en général ».

Vendredi déjà, la crise dans la zone euro avait également donné lieu à une série d’échanges téléphoniques entre Nicolas Sarkozy, David Cameron, Barack Obama, Angela Merkel, Silvio Berlusconi et José Luis Rodriguez Zapatero.

Peut-on assister à une panique dès l’ouverture des marchés, demain matin ?

Il y aura un effet de souffle immédiat sur les marchés, mais il sera compensé par de gros investisseurs institutionnels qui vont essayer de soutenir les cours. En fait, les conséquences arriveront progressivement. L’impact de la hausse des taux se manifestera peu à peu sur les pays à risque quand ils auront besoin d’argent. La dette américaine, c’est la quille du bateau de la dette mondiale. Et elle a un peu bougé hier, déséquilibrant l’ensemble.

Quelles conséquences va-t-on subir en termes de croissance, d’impôts, d’emploi, de dépenses publiques ?

Si on raisonne à plus long terme, on va avoir besoin de plus d’actions radicales pour sauver la situation. Jusqu’à maintenant, toutes les solutions qu’on avait trouvées, c’était d’emprunter encore davantage pour boucher les trous. Maintenant, il va falloir autre chose, comme des remboursements unilatéraux de la dette, avec toutes les conséquences négatives que cela peut impliquer. La vraie solution, c’est de ne plus transférer de la dette, c’est de la réduire.

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire de l’austérité pour tout le monde et pas seulement pour ceux qui vont bénéficier du transfert. Les forts comme les faibles doivent se résoudre au même type d’effort. C’est-à-dire, pour chaque citoyen, des conséquences concrètes dans leur vie quotidienne, comme celles que subissent les Grecs, les Portugais, les Espagnols.

Pour les Français aussi ?

La France est l’homme malade de l’Europe. Les dirigeants européens ont besoin que la France envoie un message très fort pour se mettre dans une situation comparable à l’Allemagne, afin qu’elle puisse travailler avec eux.

Tout le monde ne pourra pas le supporter…

Socialement, il y a une partie de la population qui est déjà à la limite et qui ne pourra pas supporter une aggravation de ses conditions de vie. Mais il faut arrêter de penser qu’on pourra faire progresser de 10 % les conditions de vie pour tout le monde.

Ce sont des situations qu’il faudra gérer d’un point de vue politique. Et c’est encore possible.

Mais la France est déjà en campagne électorale…

Nous aurons très vite des coups de boutoir qui vont obliger le gouvernement à ignorer la campagne. Il faut saluer ce que fait Zapatero en Espagne. Il a annoncé des élections anticipées et il ne se représentera pas. Il montre qu’il ne cherche pas le pouvoir, mais qu’il cherche des solutions. La responsabilité des dirigeants français, c’est aussi de trouver des solutions pour l’Europe.

Est-ce la fin de l’euro ?

Aujourd’hui, les partis extrémistes disent qu’il faut abandonner l’euro. Ce serait disloquer la communauté économique mondiale et assumer un risque de guerre. En 2008, des apprentis sorciers étaient à la tête des États-Unis et ont pensé pouvoir lâcher Lehman Brothers, et le système entier a failli basculer. L’euro, c’est Lehman Brothers à la puissance 50.

Paris est au pied du mur
C’est à l’aune des chiffres de la croissance du deuxième trimestre, publiés vendredi prochain, que le gouvernement va peaufiner son cadrage budgétaire. Si la croissance s’est bien tenue au premier trimestre (+ 0,9 %), l’Insee ne prévoit qu’un maigre progrès de 0,2 % au deuxième.La prévision officielle d’une croissance de 2 % sur l’année paraît réaliste, mais de nombreux analystes estiment que, pour 2012, le gouvernement, qui table sur 2,25 %, va devoir revoir sa copie. « La France sera au rendez-vous de la réduction de son déficit cette année et l’année prochaine », a martelé Valérie Pécresse. Il s’agit de le réduire de 5,7 % du PIB cette année, à 4,6 % l’an prochain, pour revenir à 3 % en 2013. La France est « le plus fragile des pays notés AAA », confesse une source proche du gouvernement.

Alors que la charge de la dette devrait être cette année le premier poste de dépense du budget de l’État français, le gouvernement doit convaincre du sérieux et de la crédibilité de son programme de rétablissement des finances publiques. Le FMI a ainsi prévenu que, pour respecter ses engagements, il faudrait « des mesures supplémentaires ».

Le rapporteur UMP du Budget à l’Assemblée nationale, Gilles Carrez, chiffre à 5 milliards d’euros les économies supplémentaires nécessaires pour 2012. Il incite le gouvernement à faire porter l’effort pour moitié sur les niches, pour l’autre sur la réduction des dépenses. Mais Nicolas Sarkozy s’est engagé à préserver les niches fiscales « au service de l’emploi ». Pas question non plus de revenir sur la TVA à 5,5 % dans la restauration, a-t-il promis.