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Emergents et Occident : le temps des tensions

Le G20 de Saint-Pétersbourg cristallise la montée des tensions entre les pays d’Occidents et le reste du monde. La réunion censée être le lieu des discussions économiques, pourrait devenir le théâtre d’affrontements autant géopolitiques que financiers.

Il y a d’abord cette sinistre affaire syrienne, s’apparentant de plus en plus aux Balkans de 1913 : sur fond de crime contre l’humanité, des alliances inextricables se sont nouées, dont on redoute qu’elles ne se transforment en déflagration généralisée.

Du coté de Bachar el-Assad, on trouve la Russie, fournisseur des gaz et pétrole d’Europe, en particulier à l’Allemagne, l’Iran chiite, support du Hezbollah libanais, l’Irak désormais chiite également, la Chine, premier client de l’or noir iranien. Du coté de la rébellion syrienne, se rassemblent Israël, la Turquie d’Erdogan, les sunnites d’Arabie Saoudite, les Etats Unis, l’Union européenne. En dépit des déclarations spectaculaires, les grandes démocraties tergiversent, conscientes des risques d’escalades. Jouant de ces imbrications compliquées, Russes et Chinois n’hésitent pas à brandir la menace de l’opposition frontale.

D’autant que la conjoncture économique offre un terreau favorable à la montée des griefs vis-à-vis des Etats Unis et de leurs alliés. La croissance famélique qui revient en Occident est obtenue grâce à des procédés radicaux, confinant parfois au cynisme, dont les conséquences pourraient être lourdes. On ne joue pas impunément de l’arme monétaire, à très grande échelle et sur une période aussi longue.

L’utilisation de la planche à billets dans laquelle se sont engagées massivement les banques centrales américaine, japonaise, et dans une moindre mesure européenne, produit de graves et durables déséquilibres. Le premier d’entre eux est la déstabilisation du marché des devises. Les fluctuations sont fortes, les premières victimes en sont les monnaies des pays émergents. Les autorités de ces derniers constatent d’énormes flux de capitaux sur leurs propres marchés, provoquant inflation et difficultés dans leurs exportations. Pour certains comme la Chine, ces difficultés tombent au plus mal, quand elles se conjuguent avec l’essoufflement du modèle ayant permis la prospérité.
Le protectionnisme, les aides publiques plus ou moins dissimulées, l’agressivité commerciale tous azimuts, tout concourt au ralentissement brutal dans les ex pays à développement rapide, puis comme on l’a vu au Brésil ou en Turquie, à des tensions sociales très inquiétantes.

Aux Nations Unis comme au G20, l’exaspération devient palpable. En Occident même, on mesure combien cette politique de court terme d’injection monétaire, pourrait devenir dangereuse. L’été 2013 n’a fait que bruisser de l’arrêt par la Fed américaine des mesures pudiquement dénommées « non conventionnelles ». Les Allemands, depuis longtemps inquiets de ce type de politique, disent à la Banque Centrale Européenne que les taux d’intérêt ne peuvent être maintenus trop bas. Le Japon redoute de graves difficultés bancaires.

Paradoxe : la perspective d’une sortie en urgence de cette situation artificielle affaiblit encore les pays émergents. Sur les marchés de capitaux, on s’inquiète des forts remous qui s’ensuivront ; la réaction est toujours la même : fuite des devises supposées fragiles, et refuge dans les monnaies des grandes puissances, Etats Unis en tête.

Cela commence à faire beaucoup. La dette occidentale et le laxisme financier sont déjà à l’origine de la crise. Non seulement, aucune leçon n’en est tirée mais par des bien des points, la logique du court terme semble reconduire les folies mêmes ayant débouchées sur la catastrophe. La baisse du chômage et le retour à la croissance sont devenues les obsessions des dirigeants politiques, quel que soit le prix à payer ; surtout, si ce sont les émergents qui à nouveau se trouvent dindons de la farce.

Alors à Saint-Pétersbourg, dans certains corridors, sous l’impulsion de la Chine, de l’Inde et de la Russie, on pourrait parler résistance ; par exemple avec la création d’une grande banque centrale anti occidentale ; et au passage, Vladimir Poutine en profitera pour compter amis et ennemis sur la question syrienne.