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L’agriculture française, au passé, présent ou futur?

L’agriculture française est malade, très malade. Les bonnets rouges ont fleuri en Bretagne, comme un saut dans le passé. Le 17ème siècle, la France éternelle, paysanne, volontiers frondeuse à l’encontre de Paris, de ses règlements et de ses leveurs d’impôts.

Un courant d’empathie a couru dans l’opinion en faveur de cette jacquerie moderne. Notre vieux pays citadin entretient des liens charnels avec la paysannerie, une référence inconsciente de chaque français. Chaque année, le salon de l’agriculture, connaît le même succès public, on vient y caresser les poussins et flatter le cul des vaches. Le déplacement est obligé pour le Président en exercice et pour une large part de la classe politique. Dame ! Le secteur est d’importance. Il est un pourvoyeur de milliards d’euros d’excédent en exportation, et est un gisement d’emplois non délocalisables.

Le bât blesse cependant dans le décalage entre fantasme et réalité. L’immense majorité des Français n’a pas intégré qu’il s’agissait désormais d’une industrie ultra moderne, faisant appel à des technologies complexes, à des recherches pointues en biologie, en chimie, en mécanique. Le secteur agricole a changé autant que les usines, autant que les services. Or nous avons toujours l’image de l’exploitation d’antan, avec les poules qui picorent dans la cour, et la fermière qui donne à manger aux cochons. A Noël encore en 2013, au moment des jouets, les enfants des villes reçoivent comme il y a trente ans, les mêmes fermes miniatures avec leurs tracteurs, leurs animaux en plastique, le puits et la grange à foin. Comme si, au lieu d’offrir des voitures dernier-cri en modèles réduits, on ne proposait toujours que des diligences à cheval.

Le romantisme ne fait pas bon ménage avec la performance. Enfin, pas toujours. En l’occurrence, l’impensable a fini par se produire. La France, la référence traditionnelle de l’agriculture européenne est dépassée. Dépassée par l’Allemagne, par les Pays Bas ; dépassée dans certains cas par l’Espagne ou l’Italie. La France rate bien des virages, mais celui là est l’un des plus douloureux. D’autant que l’agriculture est l’un des secteurs clefs du nouveau modèle économique de demain. Le grand défi d’une humanité à sept milliards d’humains, bientôt onze, est d’abord de les nourrir, ensuite de les abreuver en eau potable.

Pourquoi cet échec ? Parce que la France s’est complu dans un système clairement défaillant. Récapitulons : notre première faiblesse est de ne pas gérer la filière agro alimentaire dans son ensemble. Au lieu de penser conquête du marché, et adaptation aux besoins des consommateurs, nous avons maintenu une rupture entre la production et la distribution, conduisant à une absence de stratégie commune. Résultat : des marges très faibles des producteurs (l’agriculture donc, et l’abattage par exemple dans le cas de l’élevage) ; d’où une course à la réduction des coûts par tous les moyens, y compris ceux conduisant à une baisse de qualité. Ajoutons que dans ce domaine comme ailleurs, l’administration française n’a en rien participé à l’optimisation : les directives européennes donnent lieu à des normes trois à quatre fois plus nombreuses et donc plus coûteuses que chez nos voisins.

Au total, l’activité est structurellement déficitaire, et ne tient que par les subventions massives de la PAC (Politique Agricole Commune). Tout le monde sait que ce flux financier s’arrêtera un jour prochain, chaque négociation est à chaque fois plus difficile, il n’empêche : les jeunes qui s’installent appliquent les mêmes méthodes que leurs aînés, sous le seul prétexte que ce qui marche, marchera encore une génération au moins.
Ce gâchis est rageant, car une alternative est possible.

D’abord elle nécessiterait, encore une fois, que les Français redeviennent fiers de leur savoir-faire, de leur réputation (réelle) dans le monde. Pour les optimiser, un investissement massif est nécessaire ; il doit s’accompagner d’une vaste restructuration capitalistique de la filière. Le facteur-clef ? L’argent. Il serait vain de compter sur les capitaux publics, ici comme ailleurs (le pauvre petit plan du sauvetage breton en est la triste illustration).
En revanche, de très nombreux fonds internationaux sont prêts à investir dans des projets, à la fois porteurs, rentables, et susceptibles d’essaimage.
Pour ce faire, il faut créer les structures idoines, se mettre en ordre de bataille, penser le long terme, croire en l’avenir et en l’innovation.
Une vraie, une nouvelle révolution verte.