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Rassurer Bruxelles

Les tensions négatives s’accroissent sur l’économie française ; les indicateurs sont défavorables et rendent plus qu’urgente la restauration d’une compétitivité perdue. Une alerte spectaculaire a été lancée cette semaine. La Commission Européenne adresse une mise en garde spécifique à la France contre un dérapage de ses déficits publics. Le terme « d’impatience » est utilisé dans la recommandation, traduisant l’incompréhension, voire l’inquiétude de nos partenaires européens vis-à-vis de résultats jugés très décevants.

Alors que Paris avait bénéficié d’un délai exceptionnel de deux années supplémentaires pour revenir dans les clous d’une maîtrise de ses équilibres, il devient de plus en plus évident que les engagements pris ne seront pas tenus. La trajectoire n’est pas bonne, les conclusions sur l’année 2013 ne sont pas encore connues, mais la prévision d’un déficit à 4,1% ne sera pas atteinte et rend quasi illusoires les objectifs officiels pour 2014 et 2015. Nous serons très loin de la barre des 3%, avec comme première conséquence, la fragilisation de la signature française sur les marchés, entraînant dans son sillage des interrogations sur la zone euro dans son ensemble. L’Europe a peur pour la France, et donc peur pour elle-même, car la faiblesse de la deuxième puissance de la monnaie unique, n’est une bonne nouvelle pour personne.

Cette mauvaise tenue des finances françaises déteint sur son activité économique par un double mécanisme. D’abord, la dette de l’Etat assèche le marché des liquidités disponibles pour l’investissement des entreprises, ce qui est grave à long terme ; ensuite la charge de la dette, le second budget public, est une cause majeure de pression fiscale, pesant autant sur les ménages que sur les sociétés ; avec à la clef pour ces dernières, une diminution de leurs bénéfices. Le résultat ? Une performance globale en berne. Elle apparaît nettement dans les indicateurs publiés sur le secteur privé en Europe au mois de février. Les chiffres s’améliorent pour la Grande Bretagne et pour toute la zone euro, en particulier dans les pays ayant effectué les dures réformes structurelles imposées par leur endettement excessif. L’activité s’apprécie très sensiblement en Italie, au plus haut depuis avril 2010. Il en va de même en Espagne, où la reprise a commencé depuis quatre mois, alors que c’est le dix neuvième mois de croissance consécutive dans un pays comme l’Irlande.

Ne parlons pas de l’Allemagne qui connaît son plus fort pic depuis juin 2011 et un taux de chômage historiquement bas. Un seul pays est à contre-tendance : la France, à la traîne autant dans les activités de service que manufacturières. Du coup, la situation sur le front de l’emploi y reste atone, et ne laisse présager aucune amélioration significative, même si la bonne santé de nos voisins peut apporter un regain d’oxygène bienvenu. Aucun décrochage n’est irrémédiable, mais le contraste est cruel ; autrefois, la France était une locomotive, elle devient un wagon où règne la morosité : au mois de janvier, la consommation a reculé de 2,1%.

Dans ce contexte, la prise de conscience de la nécessité d’une forte réaction, est un début de bonne nouvelle. L’accord trouvé par le patronat et trois grandes centrales syndicales (la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC) pour la signature du pacte de responsabilité, va dans ce sens. Bien sûr, les deux syndicats qui se sont opposés au texte (la CGT et FO) n’ont pas tort dans leurs critiques : il s’agit d’un cadre très vague, sans engagement chiffré de créations d’emplois, censé déboucher sur de longues et complexes négociations par branches. La notion même de contrepartie est floue, et n’a pas grand sens : le MEDEF n’a pas la capacité de contraindre ses adhérents à embaucher pour compenser une vitale réduction de charges sociales. Celles-ci sont devenues tellement lourdes qu’elles sont l’une des causes de l’effondrement des marges des entreprises françaises, qui perdent sans cesse des parts de marché face à leurs concurrents européens.
En réalité, ni la réduction du déficit, ni celles des charges, ni même celle du taux de chômage, ne sont des finalités en elles-mêmes. Ce qu’il faut restaurer, ce sont les conditions d’un retour du dynamisme, de l’énergie créatrice qui font la force traditionnelle de l’économie française ; un retour d’une mentalité du risque.
Ce serait la nouvelle qu’attend la Commission Européenne.
Avec impatience.